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Les rideaux orange, Laurent Cennamo

Jonas au bord des larmes (jour et nuit) bourdonne

encore à mes oreilles (les rideaux orange

de la cuisine bougent à peine, très lente

neige, silencieuse, ou poussière très bientôt, œufs

de fourmis sur le front de ma mère et qui dira

le frelon d’être en vie ?)

Le manuscrit reçu se nommait « Trois poèmes pâles ». Et c’est sous ce titre que le texte de Laurent Cennamo avait reçu, en 2006, le Prix Hentsch qui couronne, depuis des décennies, les premières oeuvres littéraires des étudiants genevois.

Mais ce titre, choisi par un jeune poète épris de Jouve et Mallarmé, ne rend pas justice au flamboiement des rideaux orange, au rouge des fraises, au noir de la nuit.

Figé, il ne dit pas tout ce qui frémit en Jonas et autour de lui, tout ce qui brûle et tremble et tournoie.

S’il signale la pâleur, ce titre élude la transparence, omniprésente dans la première partie, et dont on s’aperçoit très vite qu’elle renvoie à autre chose, de plus secret ; de même, la marelle, si elle désigne bien une fois le dessin à la craie au centre du préau, prend au cours du poème une existence autonome :

Marelle transparente, marelle au pain/ et à l’eau ; marelle au bord des larmes ; marelle sur la paille…

Le jeu de la cour d’école devient jeu avec la langue et le lecteur se pique au jeu : il y a mère dans marelle, petite mare, petite mère, mère en miettes…

Et dans le ciel, toujours la première lettre

du mot miettes

(du mot amour ?)

Mais le visage de l’amoureuse est mangé de fourmis. Si un drame se devine sous la trame des mots clairs et des images lumineuses, l’étoffe du texte continue longtemps de bruire en nous avec la légèreté des petites filles qui tombent / amoureuses de leurs robes sans un bruit, et bas / à l’horizon, des regards…