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La Courbe d'un souffle, Jacques Basse

Si l’on admet que la poésie est, moins qu’un genre littéraire en soi, une pratique particulière de la langue traversant et transcendant les autres genres, on peut lire ce recueil de Jacques Basse comme le journal d’une relation amoureuse, réelle ou fantasmée (ou les deux à la fois), relatant en six chapitres (Révélations, Réflexion, Eventualité, Volupté, etc) les intermittences du corps et du cœur. Le principe de composition de chaque poème semble reposer sur la fragmentation de la phrase en courtes strophes inégales (un monostique parfois), et en vers brefs, afin de mieux isoler et mettre en valeur chaque segment constitutif - voire un seul mot - et d’un sublimer l’apparente simplicité. Notons que l’auteur ne refuse pas la rime lorsque clle-ci paraît venir spontanément sous sa plume : par exemple : “à cette immensité / qu’est l’océan de tes yeux / je viens m’y noyer / en attristé capricieux”. Si vers le début nous rencontrons cette belle définition : “Le sentiment amoureux (…) il est un rêve éveillé / une féerie / une métamorphose de l’apparence”, un peu plus loin, l’auteur nous donne peut-être au passage l’une des clefs de son art poétique : “surtout / ne pas tout dire / ou bien / à demi-mot”. Ce parti pris de pudeur ne l’empêche nullement d’explorer l’intimité du couple, telle la somptueuse évocation d’une étreinte qui s’achève “dans l’accomplissement des convoitises / dans la concupiscence / dans l’accouplement du désir”. Des vers d’une grande sensualité et d’une impeccable tenue. Cela mérite d’être salué. Mais qui dit journal dit chronique ; le temps poursuit donc son travail d’usure, de destruction et le recueil s’achève par la déploration contenue, d’un lyrisme du meilleur aloi, de la fin d’un amour : “plus rien ne va (…) quelque chose s’est fêlé / la discorde est arrivée (…) plus rien n’ira jamais.” Remercions Jacques Basse de nous permettre de parcourir une nouvelle fois cette courbe que nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, parcourue, mais débarrassés des vicissitudes et seulement émus par les images et par la musique des mots. Jean-Marie Alfroy