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rue rost, Jack Perrot

(Ne) cherchez (pas) rue rost sur un plan de Genève, vous (ne) la trouverez (pas).

La force du livre de Jack Perrot est dans cette ambiguïté.

Rue réelle, vécue, rêvée, soufferte, honnie, hélée, aimée, au nom mâché et remâché. On pourrait remplacer le mot « rue » par le mot « vie ». Jacques Perrot dit Jack joue avec les mots, en use avec excès, les use jusqu’à la corde. Mots de sa langue, mots d’autres langues (ladino, allemand, romanche, hébreu). Mots convoqués, assignés pour un procès dont il est à la fois victime (fière) et plaignant (obstiné). Contre la bureaucratie, contre les langues de bois, les files d’attente, les rats de baraquement, le soupçon, le mépris, les murs, tous les murs. Qui séparent. Enferment. Excluent.

 

Pourtant rue rost est un livre ouvert. D’où germe une parole / dans le défaut même de l’espérance :

 

Je glisse

un minuscule rouleau de voeux

dans le mur qui barre la rue

le mur qui fait de la rue une impasse

le voeu qui fait du mur un passage.

 

Denise Mutzenberg