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Prix du premier recueil 2008 - Discours de Mary-Laure Zoss

Discours de Mary-Laure Zoss

Le prix que je reçois aujourd’hui me réjouit très profondément, c’est là une reconnaissance que je n’attendais pas, bien sûr, qui vient s’inscrire dans la durée d’un parcours mené dans l’obscurité, parcours tâtonnant, épineux souvent, longues années d’écriture gardée secrète, tant il est difficile d’entendre sa propre voix, de la soutirer peu à peu à ce qui ressemble à un chaos.

À la débrouiller parmi les autres, on s’épuise tantôt, force est de se hasarder dans des champs crevés d’angoisses, se retenir à d’improbables garde-fous, lanterne fêlée à la main, il y a pourtant parmi ces trajets si peu sûrs des instants de plénitude, quand les mots semblent s’ajuster, dans une fidélité à soi-même. Sois dans le vrai, intime une voix intérieure, ne te trahis pas, serre au plus près les mots, ils finiront par te ressembler.

Des années donc, avant d’avoir pu porter quelques-uns de ces textes au grand jour, il a fallu arracher cette décision à une incurable défiance, courir le risque de ne pas être entendue, d’être renvoyée à la claustration d’un silence. J’observe aujourd’hui encore qu’il est possible et bénéfique de risquer sa parole, qu’on peut, sans forcément se perdre, passer de l’espace du dedans à celui du dehors. Ma joie est comble de découvrir que cette parole longtemps balbutiée, continuellement reprisée dans l’ombre, finit par être véritablement entendue, accueillie, comme je n’aurais jamais pu imaginer qu’elle le soit. Et m’émeut aussi le fait d’avoir à passer la frontière pour venir recevoir ce prix, une frontière géographique et intime, puisque se sont parfois tourné le dos les univers d’une double origine, française par ma mère, suisse par mon père ; la reconnaissance que je reçois aujourd’hui est comme le signe d’un commerce réhabilité, depuis ce temps où je venais à Paris, rue Laborde, puiser images et mots dans la bibliothèque des grands-parents.

Je vous dis ma profonde gratitude d’être venus à ma rencontre, d’avoir réservé au Noir du ciel un accueil si chaleureux.